Jeudi 14 octobre 2010
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Les syndicalistes interdits d’accès à leur poste de travail
Mardi 12 octobre 2010 à six heures trente minutes. Un détachement mixte des forces armées béninoises déployé à la Bourse du
Travail. Des éléments spécialisés de la Compagnie républicaine de sécurité (Crs) et de l’Armée de Terre ont, dans un laps de temps, encerclé la Bourse du Travail qui est le point de rassemblement
d’une grande marche annoncée sur le Ministère de l’intérieur et de la sécurité publique (Misp) pour protester contre la décision du ministre Sounton interdisant toute manifestation publique dans
l’affaire Dangnivo. (affaire dont je vous parlais début septembre)
Aux environs de sept heures quinze minutes, deux pick-up transportant plusieurs policiers armés jusqu’aux dents s’immobilisent
également devant la Bourse du Travail dont le portail est déjà fermé et le gardien sommé de vite vider les lieux. Cette vague d’agents de sécurité s’est postée sur le tronçon Bourse du
Travail-Carrefour pharmacie Camp Ghézo. Ainsi, lorsqu’ils constatent un attroupement d’individus, ils leur intiment l’ordre de circuler afin de favoriser la libre circulation des biens et des
personnes. Aucune moto, aucun véhicule n’est même autorisé à rouler, à un moment donné, dans la rue qui fait corps à l’entrée principale de la Bourse du Travail. C’est d’ailleurs ce qui explique
le fait que le personnel administratif de "la Maison ouvrière" n’ait pas eu accès à son poste de travail.
Même les secrétaires généraux des Centrales et Confédérations syndicales du Bénin qui devront aller prendre des documents dans
leur bureau avant de se rendre au Palais des Congrès pour participer à l’ouverture des travaux d’un séminaire international, ont été purement et simplement bloqués par les forces de sécurité
publique. Même si personne n’a été matraquée, les dispositifs policier et militaire mis en place hier ont fortement pénalisé les usagers de la Bourse du Travail. Approché, un policier déclare que
c’est sur instruction du préfet des départements de l’Atlantique et de Littoral, Jules Honorat Hessou et leur ministre de tutelle Martial Sounton que la bourse du travail a été militarisée
empêchant ainsi les appelés à la marche organisée par l’Organisation pour la défense des droits de l’homme et des peuples (Odhp) de se rendre sur les lieux. Une marche qui devrait partir de la
Bourse du Travail pour aboutir au ministère de l’intérieur et de la sécurité publique en passant par l’ancienne maison de la radio nationale, le ministère de l’enseignement supérieur et de la
recherche scientifique et le Centre national hospitalier Hubert Koutoukou Maga de Cotonou (Cnhu). Une marche soutenue par sept autres organisations de la société civile et la Fédération syndicale
des travailleurs des finances (Fésyntra-Finances). Dans le même temps, des policiers ont envahi le ministère des finances et de l’économie. Tout était bien organisé pour dissuader les
manifestants.
Plus de peur que de mal...
En lieu et place des militants de l’Odhp appelés pour manifester contre la dernière décision prise par le ministre Martial
Sounton, ce sont alors les policiers et les gendarmes bien armés qui ont pris d’assaut la Bourse du Travail.
Ils avaient pour mission de disperser tout regroupement dans les alentours de ce lieu public. Ce déploiement des forces de l’ordre
est la réponse des autorités gouvernementales à l’appel du président de l’Odhp, Gustave Anato. Une organisation qui a invité ses militants et tous les Béninois épris de paix à marcher contre la
décision du Misp, interdisant toute manifestation relative à l’affaire Pierre Urbain Dangnivo ; une décision "arbitraire et anticonstitutionnelle", selon Gustave Anato qui précise que la
marche a été bel et bien autorisée par la mairie de Cotonou et les formalités policières ont été dûment remplies au commissariat central de Cotonou. Il s’est dit surpris de l’attitude des forces
de l’ordre qui ont quadrillé tout le périmètre de la Bourse du Travail et envahi toutes les artères qui y débouchent pour éviter toute mobilisation.
Les secrétaires généraux des Centrales et Confédérations syndicales étaient dépassés de voir les entrées de leur lieu de travail
barricadées. Ce qui constitue pour eux, une première au Bénin depuis l’avènement du renouveau démocratique. Une situation qui a irrité les responsables syndicaux qui voient dans cet incident une
déclaration de guerre de la part du régime du changement par l’intermédiaire du ministre Martial Sounton. " Nous sommes venus ce matin, non pas pour marcher, parce que c’est une organisation de
défense des droits de l’homme qui a appelé ses militants à manifester. La Bourse de Travail est le lieu de travail des secrétaires généraux. Je suis venu chercher mes documents, lui aussi (Il
indexait Pascal Todjinou) et on voit un cordon de policiers, armés jusqu’aux dents, bloquer la Bourse de Travail, nous empêchant même d’y avoir accès", a laissé entendre Dieudonné Lokossou,
secrétaire général de la Csa-Bénin. "Moi, je vous donne l’information. Ici, c’est Gustave Anato, président de l’Odhp, qui veut organiser une marche contre la décision arbitraire et
anticonstitutionnelle du ministre de l’intérieur et de la sécurité publique. Mais, on vient nous empêcher d’avoir accès à la Bourse du Travail. Le monde entier sera au courant ", renchérit le
secrétaire général de la Cgtb, Pascal Todjinou. Le cordon sécuritaire qui a pris position devant la bourse de travail témoigne de la volonté du gouvernement à en découdre avec tout individu qui
s’aventurerait à passer outre les instructions du ministre de l’intérieur et de la sécurité publique.
Les forces de l’ordre s’en prennent aux journalistes
Les forces de l’ordre s’en sont pris aux journalistes hier. Elles ont interdit aux cadreurs de faire leur boulot. Elles ont voulu
arracher les cameras des cadreurs et les appareils photos des journalistes n’eût été le cri de détresse des secrétaires généraux des centrales et confédérations syndicales.
En effet, il a fallu la fougue de Pascal Todjinou et ses pairs pour que les gorilles laissent les cadreurs prendre les images. Les
évènements d’hier ont offusqué les responsables syndicaux qui ont pris la décision de rentrer officiellement dans le combat. Le bras de fer est donc plus que jamais engagé. "Je pense qu’à partir
de cet incident, on ne fera plus de cadeau à ce régime, il faut qu’il s’en aille. Et nous rentrons officiellement dans la bagarre à partir de demain, ça là, c’est clair et net, parce que là, on
veut mettre la démocratie en péril ", s’est indigné Dieudonné Lokossou.